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La crise d'adolescence existe-t-elle vraiment?

Ce concept qui fait frémir d'avance les parents et qui précède les jeunes bien malgré eux est-il lié à la neurologie? La biologie hormonale? Une construction sociétale? Décryptage...

 

 

Le cerveau à l'adolescence : en pleine révolution!

 

A partir de 12 ans environ, la structure cérébrale du cerveau des ados change de manière significative. Les connexions synaptiques établies pendant l'enfance se réorganisent en profondeur pour permettre une meilleure intégration du cerveau. Le but du jeu? A la fin de ce grand chantier, entre 25 et 30 ans, le cerveau fonctionnera plus efficacement. Les informations sont traitées beaucoup plus rapidement, la prise de recul et les fonctions supérieures atteignent leur plein potentiel.

 

Entre 12 et 16 ans, la réorganisation cérébrale commence par un élagage synaptique, c'est-à-dire la disparition d'un grand nombre de connexions neuronales. Cela explique par exemple une diminution du vocabulaire, une difficulté à exprimer ses idées ou encore la disparition de savoirs que les jeunes pensaient maîtriser, et que subitement ils ne maîtrisent plus.

 

Au même moment, le corps grandit extrêmement vite : le centre de gravité se déplace et la proprioception est profondément modifiée. Or le cerveau étant en pleine restructuration, la coordination et la précision des gestes devient plus aléatoire. Les mouvements peuvent être maladroits, ce qui donne l'impression de ne pas maîtriser totalement son corps.

 

Par ailleurs, tout est fait au niveau hormonal pour pousser l'adolescent à s’ouvrir au monde, dépasser ses limites et donc s'éloigner de la maison. Le circuit de récompense cérébrale se modifie : le niveau de dopamine chute (d'où une tendance à la morosité), mais ce taux remonte en flèche dès qu'une nouveauté apparaît, qu'elle soit dans la réalité ou dans l'imaginaire. Ce fonctionnement incite les ados à tester des choses nouvelles, à aller vers l'inconnu car le corps est fait pour lui permettre de découvrir son autonomie et son pouvoir personnel.

 

Parallèlement, c'est l'effervescence au niveau émotionnel. Le système limbique, plaque tournante des émotions, est également en restructuration et est moins connecté au cortex supérieur. Résultat? Des montagnes russes émotionnelles qui peuvent déstabiliser, de l'irritabilité et/ou une perte de confiance dans son ressenti émotionnel, mais aussi une tendance forte à la passion, une implication formidable dans les projets et les idéaux qui n’est pas toujours bien accueillie par le monde adulte.

 

En conséquence, c'est l'âge où les jeunes remettent en question les grandes règles du monde adulte. Ils questionnent les statu quo, ils ont une motivation profonde pour changer les choses, pour réaliser leurs rêves.

 

Une vidéo - malheureusement non-sous titrée - sur le cerveau des ados, proposée par Daniel SIEGEL (auteur de "Le cerveau de votre ado", Edition Les arènes).

 

D'où vient la "crise"?

 

Les bouleversements hormonaux liés à la puberté ont pendant longtemps servi d'alibis pour expliquer la crise d'adolescence. Or comme on vient de le voir, il s'agit plus d'un vaste chantier neuronal que d'un simple impact hormonal.

 

Certains auteurs complètent cette analyse en posant la question de l'origine de la crise d'ados en terme sociétal. Je pense en particulier à Michel Fize et à Yves Bonnardel, qui démontrent que la crise d'adolescence est propre aux sociétés occidentalisées et qu'elle n'existe pas dans les communautés où les modes de vie où la scolarité n'est pas aussi longue que chez nous.

 

Qu'entendent-ils par là? Ils considèrent que l'opposition et la rébellion des adolescents vient en grande partie de notre regard d'adulte et de la manière dont on traite les ados. En les coupant de la vraie vie, en les maintenant dans les murs scolaires, c'est un peu comme si on leur coupait les ailes. À ce moment de leur vie où les jeunes ont besoin de mettre du sens dans ce qu'ils vivent, de faire leurs propres expériences, d'évaluer leurs capacités physiques et intellectuelles, ils restent coincés dans leurs classes. Leur vécu d'élève n'a pas souvent de lien avec la réalité (sauf peut-être pour les filières courtes souvent dévalorisées alors qu'elles donnent la part belle aux apprentissages concrets et à l'immersion dans le monde professionnel), ni de lien avec leurs passions.

 

Il en résulte une frustration XXL qui peut aboutir à un rejet de la société adulte qui les opprime et les déconsidère. Les auteurs dont j'ai parlé ont observé que cette frustration n'existait pas du temps où les études n'étaient pas aussi longues. Les ados intégraient le monde du travail beaucoup plus tôt: ils avaient alors le sentiment de contribuer, d'être utiles et intégrés à la société. Bien sûr, il y a un juste milieu (il ne s'agit pas d'abolir les études supérieures, ni de militer pour le travail des enfants!).

 

Chaque ado a une marge de manœuvre, plus ou moins étendue en fonction des situations et des cadres de vie de chacun, un espace où il peut être lui-même, mettre du sens, faire exister son monde à lui, ses rêves et ses idéaux. Si cette marge est exagérément réduite par rapport à ses besoins, la frustration au quotidien, la colère, la capitulation face au monde adulte aussi, peuvent faire que les ados perdent de vue leur pouvoir personnel.

 

 

En tant qu'adulte, que peut-on faire?

 

La première chose selon moi consiste à reconnaître la particularité de cet âge-là, son besoin de sens, d'expérimentation, et de confrontation à la vraie vie. C'est un âge d'or où la créativité explose, où la volonté de contribuer est maximale. C'est un peu difficile à croire pour tous ceux qui liront cet article et qui auront des ados scotchés à leur écran, je sais...


L'adolescence est l'âge de tous les possibles.

 

Notre rôle d'adulte consiste à soutenir cet élan de vie et de contribution, ou ranimer la flamme si elle s'est affaiblie ou éteinte. Je pense en particulier aux élèves de collège qui n'ont pas encore de projet professionnel pour soutenir leur motivation scolaire et qui décrochent par manque de sens.

 

Ramenons du sens aux années adolescentes. Offrons leur la possibilité de contribuer, via des projets citoyens, des assos de jeunes, des opportunités professionnelles. Laissons les explorer leurs vraies forces, soutenons les dans le développement de leur plein potentiel humain!

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